une histoire de débardeur

Publié le par gribouille

J'ai passé un petit haut rose à points blancs, comme une gaze d'été sur mes omoplates, pour  adoucir la courbe des épaules, peut-être aussi pour adoucir tout simplement l'air du temps, de celui qui passe. Un petit haut rose, pour s'accorder avec mes nouvelles chaussures, plus si neuves déjà, pétillantes toujours, toutes jeunes comme cette jeunesse en moi insatiable et intarissable, et pourtant qui s'embrume dans les années qui s'accumulent,  le visage témoignant de cette indélicatesse, mais qu'on combat, dans un tango, dans l'espoir vain, mais combien remuant et  revigorant, d'écarter de soi dans un bal  cette ronde du temps. Un tango pour résister à l'inexorable, pour donner coeur à ma fragilité, qui s'en va dans la mélancolie d'un soir d'été. Sur la route, seule, les chaussures dans le sac, et tout l'attirail pour être fille, le petit haut rose à dentelle, qui en réalité, mais fallait-il se souvenir de  sa rudesse ? n'adoucit aucune épaule, celle ci dénudée, les talons bleus à écaille, un rouge carmin sur les lèvres, les cheveux teintés en blond, tendres  tentatives, et combien il faut s'attendrir sur ces marques de bonne volonté,  pour se faire éthérée, un nuage parfumé  de fille qui cherche à se perdre dans la vapeur de quelques abrazos,  comme des oasis enchantées dans le désert, où vont s'abreuver les éreintés, heureux d'avoir trouvé un chez eux provisoire qu'ils partagent dans le soir doré d'un été, sur la route qui mène on ne sait où, à l'automne. Sur ce chemin de la vie  témoin de nos fragilités, ce chemin qui déroule le fil, se fait mémoire de nos pas hésitants, balbutiants, jamais très assurés, tant tout se dérobe, même une danse, dans ce petit haut rose froissé par des mains étrangères, et combien intimement collées à mon corps,  suffisamment vaporeux pour que ces plis ne se voient pas vraiment, quelques traces, avant de repartir, les chaussures portées en bandoulières, sur la route, seule, dans la nuit câline et combien mélancolique d'une fin d' été (et déjà des feuilles mortes sur la route, mais d'ici peu, pour prolonger un peu de cet été qui s'achève, je m'envole pour l'Italie), une saison  de plus qui vient s'ajouter, peser quelque peu sur le squelette, avant que la soie rose et fragile ne soit complétement mangée par les mites du temps.

Commenter cet article

Claudine 12/08/2017 13:46

C'est beau ! Je perçois bien entre les lignes de ce que tu ecris ce que je ressentais au fil des milongas du samedi après midi ce parfum subtil fait de force et de fragilité de plaisir et de doute de nostalgie et de joie de seduction et
de febrilite juvenile malgré l'automne de nos vies.....
En tout cas 2 mois sans danser : je n'en peux plus !....

gribouille 12/08/2017 15:15

je comprends, il faut que tu te dépêches de monter à paris.... et que tu trouves le temps de découvrir vers ton nouveau chez toi les milongas. C'est bien de changer aussi. Tes chaussures doivent faire grise mine... nostalgiques elles aussi, fragiles dans l'oubli dans lequel tu les as plongées : les pauvrettes !!