L'attente

Publié le par gribouille

Parlons chiffons et tapisseries, de celles qui se brodent dans l'attente, entre impatience et résignation. Faire tapisserie est le lot des femmes, leur rôle échu. Quelle femme oserait dire qu'elle n'a jamais fait tapisserie, ne serait-ce qu'une fois. J'en vois mélancoliques dans leur attente, de milonga en milonga assises à tenter désespérement de croiser un regard. Certaines disparaitront à tout jamais dans l'amertume de leur délaissement. D'autres plus aguerries, peut-être plus sures de leur danse, vont se déplacer, tenter une approche ici, ça va ? Ça va, relancer là, tu danses ?

Des stratégies se mettent en place, ne jamais rester à la même place trop longtemps, car le temps vous épingle là, au regard des femmes qui dansent, jetant parfois un regard condescendant sur celles qui restent en rade, et qu'elles iront peut-être remplacer après, au regard des hommes qui se méfient de ces femmes immobiles.

N'allez pas croire qu'une danseuse qui n'est pas ou quasiment pas invitée de la soirée est forcément une mauvaise danseuse. Tant de raisons peuvent expliquer cette mise à l'écart. Je noterai toutefois que les hommes sont des êtres d'habitudes, qui, lorsqu'ils ont un cheptel suffisant de danseuses, ne vont pas tenter ailleurs. Certains du moins. Nuançons. Il y a toujours un risque à danser avec une inconnue : sauront-ils seulement la guider ? Etres d'habitudes oui et jaloux de leur confort. Pourrions-nous le leur reprocher ? Très certainement, quand l'attente est longue, et que le fil de tapisserie que nous étirions pour tromper le temps, détourant les motifs, remplissant les blancs, se délite et se rompt dans l'exaspération ou la tristesse.

Quand je danse, je danse.

et quand tu ne danses pas, tu fais quoi ?

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