Le temps d'une milonga

Publié le par gribouille

Je m'asseois, la première chaise qui me tombe sous la main, je rectifie : sous le cul.

Peu de monde encore. L'éclairage est soft, clairsemé comme les quelques femmes éparpillées ça et là qui me regardent m'installer, me jaugent peut-être. Désoeuvrées. Dehors il vente. Dedans un vent coulis de mélancolie s'immisce entre les tables. Elles attendent que le mâle arrive. Qu'importe qui viendra, il sera le bienvenu. Est-on ainsi, dans la vie de tous les jours, à souhaiter l'arrivée de n'importe qui ?

Chaussée je suis. Comme elles. Un peu inquiète. Vais-je devoir faire tapisserie longtemps ? Ne suis-je pas venue pour rien ?

L'une sort un livre. Sans doute pour se donner une consistance, mais ça paraît un peu incongru.

Une autre ouvre un téléphone, s'y absorbe. J'aurais du amener un jeu de cartes, j'aurais fait une réussite.

J'en aperçois une qui semble en colère. Peut-être attend-elle depuis trop longtemps ?

Un chat s'impatiente également, il va et vient, s'assoit sur un siège, ne peut rester immobile.Il traverse l'espace dans un sens, puis un autre, se moquant des quelques rares danseurs sur la piste.

Puis ils arrivent. Un par un. On reprend espoir. On est invitées.

L'un s'avance vers moi. Le voilà : le n'importe qui. Je me méfie un peu. Comment dire non lorsqu'il n'y a presque personne ? Il a gominé ses cheveux pour se donner un air de. Un genre. C'est peu convaincant. Dois-je faire semblant d'y croire ? Ne faisons pas la difficile, je suis contente d'être invitée. Contente avant l'abrazo, avant la danse. Après la tenda, je me dis que j'aurais pu finalement rester chez moi à lire un bon livre. Et puis je suis de nouveau invitée. L'atmosphère se réchauffe, nous nous détendons, la salle se remplit, modérement, mais suffisamment. Finalement les livres, les portables, les angoisses sont remisées au fond d'un sac. La soirée s'écoule tranquillement. Un chat s'est endormi sur une chaise.

Il ne se sera rien passé de spécial, rien d'extraordinaire.

Rien passé ? Si, le temps. Je crois que nous étions venus pour ça. Non pas pour le tuer, il est invicible, il nous aura tous, - mais le faire passer. Nous avons réussi

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Claudine 17/08/2015 15:36

On se croirait dans "Le Bal" d'Ettore-Scola...
Tu peins avec des mots, comme lui avec des images.....