Festival de Tarbes (2)

Publié le par gribouille

Minuit. Encore la Halle. L'après-midi a été agréable. J'ai déjà bien dansé. Mais je sens que ce soir, encore une fois, ça va être un peu moins facile. J'ai des réticences. Je prends de la hauteur. A l'écart ainsi, je ne vois plus qu'un amas de couples. Bons ou mauvais danseurs, on ne fait plus la différence. Ça grouille et ça gigote en bas.

Des spots créent des flaques roses ou bleues. Fille et garçon. L'aspect symbolique de la chose ne m'échappe pas. Chaque couple sera mis en lumière quelques secondes, le temps de passer sous les sunlight. C'est leur instant de gloire, des secondes volées à l'indifférenciation. Je vois un couple qui prend son temps dans un halo de lumière particulièrement vive : l'envie peut-être de se distinguer. Mais dans ce tohu-bohu, l'entreprise est hasardeuse.

Cette mise à distance éveille en moi le sentiment de l' absurde. Est-ce que tout ceci a du sens ? Il semblerait que oui, ça évolue dans celui des aiguilles d'une montre. Tic tac, tic tac...

En bas, je le sais bien, tout redevient à taille humaine, d'une certaine manière : certains appellent la halle Mercadieu « l'usine » et ils n'ont pas tort. Il faudrait que je m'extirpe de mon siège, que je redescende les marches, que je m'abaisse peut-être à chercher le regard des danseurs pour qu'ils m'invitent, que j'accepte qu'ils défilent devant nous autres assises à attendre, comme le chaland devant un étal de fruits et légumes. Cette pomme ? Non, cette poire ! A moins que la courgette....

Et pourquoi pas des fleurs ? Ce serait plus approprié. Messieurs, nous nous sommes parfumées et apprêtées pour ressembler à des roses. Il n'y a qu'à cueillir. Une main tendue, et ça y est, je suis dans la danse. Je laisse mes pétales s'ouvrir, je fais tomber les épines, me tiens droite sur ma tige, flexible, souple. C'est moi qui passe dans un halo de lumière. Ma seconde de gloire, qui se répétera quelques pas plus loin, et encore...On fait les compte ? J'additionne ces secondes, retranche le temps à attendre, soupèse ma fatigue. Hum, rien de bien extraordinaire. Je m'ennuie, je baîlle, je rentre.

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Claudine 24/08/2015 07:59

J'aime ta description du bal, comme une métaphore de la Vie. L'absurde peut cotoyer le sublime, l'insignifiant, l'important , la beauté, le grotesque ; tout dépend de notre point de vue ; mais je crois que
c'est ce fragile équilibre qui fait la force de tout ce qui existe.