Incompatibilité au tango

Publié le par gribouille

Je suis dans ses bras, serrée, comprimée, à répéter des petits pas mesquins, à demi morte d'ennui ; je dérive alors, je me mets à rêver de grand espace, de vie sauvage, de bêtes fauves.

- Mais vous sciez du bois ! me dit-il exaspéré.

Ah !? Me serais-je endormie ? Le ton, l'expression me mettent en alerte. Je réagis, fatalement. M'indigne. - Vous me prenez pour une bucheronne ? Profite de l'aubaine. - Nous pouvons arrêter de danser si vous voulez ? Il refuse. Zut. Je n'ose plus trop bouger, à peine respirer dans le carcan de ses bras, calme mes mouvements d'impatience qui semblent l'agacer, il voudrait sans doute de la douceur, un langoureux tango tout bien propret. J'arrive tout juste à respirer et il reste encore deux danses. Il veut savoir la raison de cette inopportune vivacité. Je ne peux pas lui dire que j'ai une seule envie : courir, fuir, me délivrer de cette fastidieuse et soporifique pesanteur. Je lui réponds juste que je ne critique pas les danseurs, moi. C'est vrai ! De quel droit ? Si sa façon de danser ne me convient absolument pas, devrais-je le lui dire ? Non, je ne danserai plus avec lui, tout simplement. Peut-être peut-il rendre quelques femmes heureuses ? Alors, de quel droit ?

La tanda s'achève. J'essaie de finir sur une note positive – Bien, nous ne danserons plus ensemble, et puis voilà ! Eh bien non, monsieur insiste, il viendra m'inviter de nouveau. Et là, le coup de grace ! Avec un sourire satisfait, hochant la tête, me regardant comme on jauge une voiture d'occasion :

- On peut (en) faire quelque chose

....

Je vous laisse le temps de mesurer toute la saveur de la réplique.

Pour couronner le tout, rentrant en métro, et ayant regardé dans les yeux un homme une seconde de trop, je me suis fait insulter de la manière la plus grossière qui soit. Trois stations à subir son délire haineux, pendant que tous regardaient par terre, faisaient comme si de rien n'était.

Il y a des jours comme ça où la bêtise inonde tant votre espace qu'il se déssèche et rétrécit, se réduit à n'etre plus qu'un goulet prêt à vous étouffer.

Mais je ne laisserai pas aux abrutis le dernier mot, c'est moi qui le pose celui-là : fin de l'histoire.

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Claudine 17/08/2015 10:54

Le tango est un révélateur, notamment de notre faculté de relation à l'Autre. Trouver sa place et s'exprimer, tout en respectant le partenaire ; en l'aidant même à trouver la sienne.
En un mot (ou en deux) : Duo ou Duel....Pourtant, toutes les nuances entre ces deux pôles existent :
bienveillance, cordialité, complicité....Au tango pas de possibilité de triche : le grossier ou le violent, même s'il possède la technique ne pourra cacher sa personnalité ; le tendre sera trahi également par ses attitudes...Comme dans la vie, des affinités existent et se manifestent plus ou moins spontanément. Mais le mot d'ordre dans la danse et dans une Milonga, c'est quand même avant tout, l'Harmonie et la Cordialité....