Ne manquerais-je pas quelque chose ?

Publié le par gribouille

Ne manquerais-je pas quelque chose ?

Prise au dépourvu par la froidure, après avoir chanté tout l'été, vint le temps de déchanter - une petite mélodie atone et sans refrain qui me ferait presque oublier que peut-être je peux encore écrire quelques couplets, à défaut de romance. C'est le bon moment pour aller danser donc et pourtant... Rien qui ne puisse échauffer mon imagination, rien, rien... du déjà vu, du presque trop vu, avec en sourdine un écoeurement. La magie n'opère plus - pour l'instant. Une accumulation de petits riens, de comportements décevants. Alors j'hésite. Je me retrouve dans une milonga vide. Une autre trop pleine. Je trouve Paris bien petit depuis quelques temps. Bien étriqué. Alors quand j'aperçois pour vanter une milonga le terme de convivialité, de partage, je me dis : surtout n'y va pas, tu seras déçue. Je serais bien tentée d'essayer de nouvelles milongas, nouvelles pour moi, ou de retourner à d'anciennes délaissées. Blocage - momentané, je l'espère du moins, car j'en entends qui trépignent près de moi.

Mes chaussures, sagement alignées, mais tout ankylosées, un peu avachies les pauvrettes, amorcent une litanie : chausse-nous, fais nous danser. Nostalgiques, elles se chuchotent de vagues réminiscences. ça bruisse. Elles aimaient ça, le talon qui claque sur une milonga, les épousailles avec une belle plante tout en courbes douces, le creux d'une voute, la pulpe généreuse d'un appui. Se mettre au diapason d'une musique, en pressentir la promesse, en ressentir la finesse. Déplier la jambe. Se plier à la longueur d'un pas. Répliquer/dupliquer. S'appliquer. Tourniquer. Paniquer. Niquer. Hé ! STOP. Ne devenez pas négatives les belles, ça vous gâche le teint.

Ne manquerais-je pas quelque chose ?

Allez, à brides abattues, repartez du bon pied, le talent fier et la pointe conquérante.

Commenter cet article

Claudine 19/02/2016 08:39

C'est dans l'air du temps, ma parole ! car je ressens la même chose en ce moment. J'en accuse le temps, le manque de lumière, la morosité ambiante...Je me force à Y aller ; je sens qu'il y a encore quelquechose qui pourrait s'allumer, mais le feu à du mal à prendre....J'aime ta façon d'exprimer cet état avec élégance et esprit : le mal identifié on va pouvoir l'ignorer et j'espère retrouver bientôt notre "légèreté"