Sotto voce

Publié le par gribouille

 

De main en main je te prends je te laisse. Quelles sont les motivations de chacun. Tâter du cul ou se faire tâter ? tâter du social ? je me tâte, entre elle et elle, lui et lui. Quelle blessure à l'origine ? Corps animé. On dérive. La grâce dans une silhouette féminine accroche mon regard. il suffit de peu. Mais ce peu tout le monde ne l'a pas. Je cherche à déchiffrer dans la courbe du corps le secret de sa grâce. Elle se contemple. Y a rien à comprendre. Le tango, c'est ça aussi, la sensualité en mouvement, exquise et fraîche. Une beauté simple. Parfois je m'ennuie à mourir dans les bras d'un tel. Comment peut-on être vivant et être si ennuyeux ? Le sourire le regard. Quelque chose n'est pas passé. Les âmes ternes. Le tango n'y fera rien. Ne le sauvera pas de lui-même. Frissons. Discret remue-ménage sous la peau. Ce jour là ça arrive. Fais durer, étire la tenda, savoure. Il suffit d'une voix singulière. Une vague réminiscence peut-être. Peut-être. Qu'importe. Goûte l'instant langoureux. Rarement. Le tango peut être tant de choses. Parait qu'il y en a une, elle baise tout le temps. ça accroche, elle baise. On m'a dit que. Dois-je écouter ce que l'on me dit. Ces voix qui s'entremêlent. On fait des recoupements. Je le regarde, je sais qu'il crache son venin sur moi, de loin. Comment il s'y prend ? Sais pas trop. Avec subtilité ou franchement ? gaiement ? la salope, elle, connasse, elle. Débine débile ! je m'en tape le coccyx. Va dans la fosse aux lions. ils rugissent. Regarde-les. Ils secouent leur crinière. tu débloques ma fille ! quelle crinière ? quel rugissement ? un qui pérore. Il est jeune et il croit qu'il est beau à dégoiser à longueur de temps. Peut pas se taire un peu ? Parle fort en plus. En représentation. Il s'est construit un piédestal de pacotille, une chaire à péroraison. C'est étonnant comme certaines l'écoutent. Doivent trouver ça intéressant. Suis trop décalée. Laisse les marges, rejoins le troupeau. Bêle. Et trémousse. Oui oui, tu es beau, quand tu dévides la vacuité de ton esprit. Fais un peu la lèche-cul. Pourlèche. Sois indulgente avant tout. Fais semblant de croire en. Arrête la machinecritique de tourner. Tourne le dos, retourne sur la piste. Suis le fil. Suis la file. Nous avons été. Mais tout reste encore à faire. Dérive. Les culs en exhib. Une arabesque de la pointe. La joliesse d'un corps. Un couple de femmes qui dansent. Belles. Quelques pas pour épouser une musique. Laisse la t'envahir, laisse toi aller. Et puis une musique toute particulière sur laquelle on a dansé avec l'être aimé. Alors forcément ça le fait pas trop là, dans les bras d'un autre, intrus, un, l'autre. Ne sois pas nostalgique. J'ai été. Et je serai encore. Lui là, évite de le regarder, il te file le bourdon. Moche et ventru. Il ne choisit que des jeunes danseuses. Les pauvres. Dois-je pour autant me réjouir de ne plus être assez jeune ? Assez ? Jeune tu l'es encore, toujours plus : c'est ce regain en toi toujours, sans cesse renaissante, la vie qui boutonne, s'effeuille et boutonne, fleurit. Regain perpétuel. Même si certains ne le voient pas. Ils ont de la merde dans les yeux. Les pauvres ! De main en main. On achève une journée. Étreinte. Éreinte. Déroule le fil, note après note. ça rit sur ma droite. Elle minaude. Fait sa chatte câline, une main espiègle. Toute tendre. Envie d'être aimée. Envie d'être désirée. T'as raison ma poule. Vas-y. prends de la vie. N'attends pas. Va, attaque, séduis, prends-le si le coeur t'en dit. Le désir se répand. Vaguelette. Mais. Son souffle. Une horreur. Le seul danseur que je connaisse à te souffler ainsi dans l'oreille. Haletant. J'entends plus la musique. J'essaie de faire un 45 ° avec ma tête. Dégoût de ce souffle qui pénètre mon espace intime. Pire qu'une main qui descend sur ta croupe l'air de rien. Qui cherche la malsaine. Mais arrête de respirer ! Meurs s'il le faut, là tout de suite, sur la piste. Grimace. Stop. Spot. La lumière adoucit nos traits. Toute pleine de tendreté. Le tango, loin des lumières crues. Crois. Couac. Encore un talon dans le tibia. Double grimace. Il regarde pas, il tourbillonne, s'en fiche des autres. Pause. On attend. Quoi donc ? Un danseur. Celle ou celui qui fera battre notre coeur. Ah bon ? Parce qu'il ne bat pas déjà sans ça ? N'attends rien. Va. Légèreté. Moment suspendu dans une danse. C'est facile. Fluide. Parfois ça fonctionne super bien. On a dû irradier. Je remercie le danseur. Je les remercie toujours de toutes manières. Apprends à dire merci qu'à ceux avec lesquels tu as pu bien danser. Discriminer. Ne l'ai pas reconnu. En dansant, je me souviens. Quelle chienlit cette mémoire à trous ! Regrette mon hésitation. Dis merci en plus. Idiote. Idiote. Il reviendra t'inviter. Tu lui as dit merci. Stupide. Un regard qui se détourne du mien. Le mien qui se détourne d'un autre regard. On s'évite. On croise. On branle du chef. On dit oui, on dit non. On se regarde de loin. Vu ! Il quitte jamais sa danseuse. Elle ne le lui permet pas. M'agacent ces deux là. De la glu en guise de sentiment. Ça décolle pas. Il attend quoi le dj pour nous mettre de quoi danser. Une tenda qui s'étiole. Chacun retient un bâillement. Mais les sourires toujours. Paraître. Ne pas grimacer. Avec un peu d'efforts le visage extatique. C'est si bon c'est si bien. Quel bonheur ! Regardez-moi je rayonne. Cache tes pieds alors. Elle se pâme. Pourtant je l'ai déjà essayé son danseur. Quelque chose m'échappe encore. Atteindrait-elle l'orgasme ? Elle simule mal. Le déhanché de l'une d'elles. Elle s'amuse. Sans fioritures. Vraiment. Ça fait du bien. Je veux le même déhanché ! La même liberté. A pas comptés. Faut suivre. Euh, s'il vous plait, vous pourriez danser en écoutant la musique ? Le fâche pas, il fait ce qu'il peut. Concentré. Tout raide. J'ai l'impression de peser une tonne tout à coup. Pas de déhanché possible. A petits pas comptés. Ce serait pas la mort qui trainerait par ici ? Nous encercle. Laissez moi vivre ! Je me délace. Échappée. Encore un à éviter. Et lui qui m'invite plus. M'évite. Qu'est-ce que je ne t'ai pas fait ? Ah oui, quand même. Je veux bien faire un peu salope parfois, mais tout de même. Elle y va. Sans gêne. A ras de. Bravo. J'oserais pas. Ça fonctionne. Ils l'invitent les uns après les autres. Lui là, avec un sourire niais. J'ai remarqué, il a toujours ce sourire niais sur lui. Il est né avec sans doute. Peut pas l'effacer. Suffit d'un cul qui lui plait et vlan, le sourire niais. C'est le niaiseux des milongas. Je me demande s'il l'a étudié devant sa glace. Longuement. Avec amour. C'est peut-être celui de sa jeunesse, qui alors lui allait bien. Difficile à croire. Un peu de baratin. J'opine. Hum hum. N'en dis pas trop. On danse ? Non, il baratine. Patience. Dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. On remonte le temps. Fait éclater les points de douleur. Les points de coté. Les poings. Délassement. On se débrouille comme on peut. Alanguis toi dans ces bras. Repose dans une voix qui chante l'amour perdu. Souvent des histoires tristes. Et cette gaieté, notre aliment énergétique, qu'on va chercher en milonga. Au milieu des chansons qui pleurent quelque amour. Hommage. La gaieté seule qui vaille. Fais pas ton important, petite chose dansante. Et ceux là, en bande, choux sans doute pris individuellement, oh le joli minois, ça se dit pour un mec ? mais en bande, tout fiers d'une jeunesse sans mérite, qui, parce qu'ils savent faire trois pas sur une piste, se prennent pour les rois du monde. Arrogants. Supérieurement cons. Au dehors, dans la vie, ça se passe comment ? Fais pas ton important, petite chose dansante. Amuse moi si tu peux. Amusons nous. Ah non, on danse. Pardon. C'est sérieux. Si sérieux ? Il est où le petit vieux qui me faisait tant rire. Un comédien tanguero en liberté. Echappé de quel lieu de détention ? Un jour il a disparu. Trop vieux peut-être. C'étaient ses derniers tours de piste. Ses dernières volontés. La joie en partage. Pas besoin du tango pour ça. Mais c'est bien aussi le tango pour ça. Rions donc.

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Claudine 15/03/2016 10:24

Greco, Barbara, auraient pu le chanter !....Toi, tu l'as écrit !....