Fable sans héron

Publié le par gribouille

Un jour sur ses fiers talons allait, sans tabou,

une tanguera au long nez emmanché d'un long cou.

Elle déhanchait telle une reine.

La salle de bal brillait ainsi qu'aux plus beaux jours.

Les commères apprêtées y faisaient mille tours

avec leur mâle dans l'arène.

La belle eût trouvé aisément un canasson :

Tous minaudaient de l'oeil, d'un cil elle pouvait prendre.

Mais elle crut mieux faire d'attendre

Qu'il y eût un apollon.

Elle vivait de clichés, et rêvait ses amours.

Après quelques moments l'appétit vint.

A l'affût elle se mit en chasse – mais en vain :

seulement quelques vieux coqs sur le retour.

Le mets ne lui plut pas ; elle s'attendait à mieux

et montrait un goût dédaigneux

Comme le rat du bon Horace.

Moi, des vieux coqs ? dit-elle, moi, si belle, que je fasse

Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ?

Les vieux coqs rebutés, elle trouva de l'ânon.

De l'ânon ! Ce n'est bien là que godichons !

J'offrirais pour si peu mes charmes ! Aux dieux ne plaise !

Elle dut en rabattre. Tout alla de façon

Qu'elle ne vit plus que des chapons.

L'envie la prit. Elle fut toute heureuse et tout aise

de se trouver un laideron.

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Claudine 22/05/2016 20:38

Super cette fable ! Et comme elle est juste au regard de... On peut y reconnaître diverses connaissances !
J ai bien ri et souri

gribouille 23/05/2016 07:50

Contente qu'elle te plaise, car j'en suis pas mécontente... par contre je ne faisais aucune allusion particulière :). juste un exercice de style. Mais en effet, on doit pouvoir trouver des correspondances.