En attendant Godot,- ou quoi ?

Publié le par gribouille

- C'est sans espoir.

Je me tourne vers mon voisin pour dire ça, comme ça, par dérision.  C'est sans espoir. ça n'attend pas de réponse. Juste un constat, comme le "rien à faire" d'un Pozzo beckettien. Je n'attends pas Godot, mais un danseur. Et puis autre chose. Quelque chose qui pourrait me sauver. J'en suis là. C'est sans espoir. Je suis bien embêtée quand il me fait répéter et tente de me répondre par quelques lieux communs. Je me prête au jeu. Après tout, sur scène, nos deux clochards ne font que ça : ils font passer le temps en parlant. Mais notre conversation tourne court. Il m'ennuie décidemment trop. Trop. Trop lourd. Je ne sais même pas quoi dire. Quoi argumenter. Pourquoi. C'est décidemment sans espoir. Rien à faire.

Dans la danse c'est la même chose. Parfois ça prend. Parfois non. Une question de liant. de texture. de contexte.

A l'entrée de la salle, il y a foule. Le goulet : là où tous se tiennent, jouant des coudes, poussant, triant, invitant ou évitant . La cortina va s'achever.  Je regarde ça de loin, trop sans doute. Je ne serai pas invitée. Un danseur qui trouvait la fois précédente que  je dansais bien, quelques compliments en prime, qui m'avait invitée pour plusieurs tendas, et patati et patata, me jette un coup d'œil indifférent, ne semble pas me reconnaître, me passe devant comme s'il ne m'avait jamais vue et patati et patata. Transparente. J'aurais servi de bouche-trou. Ce soir il y a pléthore de femmes. Transparente. Je n'ose plus me tourner vers mon voisin de crainte qu'il s'image que je veux discuter, voire même danser avec lui.  Si la conversation n'a pas pris, comment penser que la danse puisse fonctionner ? Une question de texte, et d'esprit.

Je me sens de plus en plus mélancolique. Avec regret je regarde un bon danseur et sa compagne se diriger vers la piste, main dans la main. Un autre, que j'appréciais tout autant, est entouré d'une ribambelle de femmes. Je n'ose même plus bouger du tout. Je regarde mes mains. Puis mes pieds. Je ferme les yeux et compte jusqu'à dix. C'est sans espoir. Avant de chavirer définitivement dans le néant,  je quitte les lieux sans dieux, plombée de trop d'attentes.

 

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Alain 19/02/2017 19:07

Je n'ose plus me tourner vers mon voisin de crainte qu'il s'image que je veuille discuter.
C'est peut-être bas, mais j'ai relevé une légère erreur que tu modifieras si elle est avérée.
J'aime beaucoup tes "productions plastiques", coloriages/acryliques/etc.

Gribouille 19/02/2017 19:28

J irai corriger... t as raison. Merci pour ton attentive lecture. ☺

Claudine 12/01/2017 14:34

Comme nous sommes dépendantes du regard de l'homme ! On a eu beau se battre pour nous liberer de
L'oppression masculine et voilà que nous n'existons plus si nous tardons à être invitees ! Mais le plus fort n'est pas celui que l'on croit . Sans culture' sans esprit et sans doute danseur médiocre' il n'aura même pas su saisir l'opportunité de s'élever un peu au dessus de la mêlée le mufle ou le c.....

Alain 12/01/2017 05:47

Mon état d'esprit n'est pas meilleur. C'est moi qu'il convient d'éviter (comment puis-je penser écrire inviter ?). Mélancolique tu es. La cérémonie d'obsèques était belle mais je n'espère pas la mienne.