Dimanche soir

Publié le par gribouille

Pas besoin d'adopter la position du lotus pour reposer les neurones. Quelques mois accumulés sur mon bureau me suffisent pour faire le vide : des piles de paperasse patiemment triées et gaiement déchirées, dans le silence tout nirvanesque de mon appartement, protégé de la rumeur du monde, pourtant à quelques pas. Me voici dans ma bulle, en état de zénitude avancé : j'épure.

Et puis apaisée, délestée d'une tâche que je trainais comme un boulet depuis des mois, je me suis décidée pour aller danser. C'est certain, je vais être légère, aérienne. Une fille de la haute, voltige ou volée, au choix. Une plume sans encrage, décrassée. Me voici en partance, quelques gouttes de mon parfum tour à tour ange ou démon, selon l'humeur, ce soir là, angélique.

Mais, passage obligé entre ma bulle et le bal - le métro, barque motorisée conduite par un charon invisible, train train du quotidien. J'ai payé mon obole. Une journée passée loin du monde, et me voici projetée sans précaution ni préparation au milieu des gens. Du peuple du dimanche, bruyant et débraillé en ce jour tout printanier. La rame est pleine. Bruits, poussées, odeurs, regards. Je me ratatine sous la pression. Et les stations qui s'égrenent dans une voix toute artificielle. Un message en anglais et chinois, italien et allemand, pour avertir les distraits que des pickpockets sont susceptibles de se balader eux aussi dans la même rame. La brutalité du monde, d'autant plus aiguë qu'elle vient contraster avec une après-midi dans ma cellule monastique. Le métro comme un trait de désunion entre mon chez moi tout propret et la milonga. Le temps de la salissure. La tache à porter.

Et puis la rue. Une montée salutaire.

 

Je prends de l'altitude, retrouve peu à peu mes cimes. Mon pas se fait élastique, toujours plus ample.

 

 

Arrivée, sourire au vigile, quelques marches afin de me défaire des dernières scories du monde extérieur, de me préparer à la danse: exercice de délestage, expiration, inspiration, pour, toute aile déployée, et le cœur lyrique, me poser dans la musique. Le soleil de cette fin de journée rentre à plein par les fenêtres, inonde le parquet. La soirée s'annonce lumineuse. Elle sera joyeuse et simple comme une ronde, limpide comme une bulle, sans tapage ni ratage. Une simple soirée dans le cercle magique du tango.

La Bellevilloise

La Bellevilloise

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Claudine 14/04/2017 17:20

Tiens, je le découvre par hasard cet article ! C'aurait été dommage de ne pas le lire. Comme d'habitude
tu es toujours intarissable sur le sujet du Tango, et en même temps toujours surprenante d'originalité....
Tu es une bulle d'oxygène pour les neurones, le sais-tu ?.....

gribouille 14/04/2017 19:11

Il aurait été dommage surtout que tu ne postes pas ton com. tu es une bulle d'oxygène pour le moral, le sais-tu ? :):)